Retour au blog
ai

Tous les jours, j'ai un commercial qui bosse pour moi

Par Youcef EL KAMEL
8 min de lecture

Une chaise vide devant un écran allumé, tôt le matin

Il a commencé hier à 6h02 du matin.

Pendant que je dormais, il a ouvert Instagram, il a cherché des dirigeants, il a lu leurs bios, il a regardé leurs posts. Puis il a écrit à un cabinet qui aide les entrepreneurs à s’installer à Dubaï. Un message, pour cette personne-là, sur son problème à elle.

Le deuxième message est parti à 7h03. Le troisième à 8h03.

Moi, je faisais mon café.

Ce commercial ne demande pas de salaire, ne prend pas de pause déjeuner, ne râle jamais quand un prospect ne répond pas. Ce n’est pas un humain. C’est un agent IA qui tourne sur ma machine, dans un dossier.

Mais avant d’en arriver là, j’ai fait toutes les erreurs possibles. Et la première m’a coûté 120 € par mois.

120 € par mois pour envoyer du spam

Juin 2024. BeeDone, mon app de productivité, tourne sans un euro de pub. Et j’ai une évidence sous les yeux : Instagram est rempli de coachs ADHD et de coachs productivité qui vivent exactement le problème que l’app résout.

Alors je fais ce que tout le monde fait. Je prends un SaaS d’auto-DM. AutoInstaDM. 120 € par mois.

Ce que fait un outil comme ça, concrètement : il prend un template, il remplace {prénom} par le prénom, et il balance le même pavé à mille personnes.

Le message est poli. Il est même bien écrit. Mais c’est le même pour tout le monde, il parle de moi, et il finit par un lien.

Les gens reçoivent ça exactement comme une pub au milieu d’un film. Ils ne répondent pas, ils font défiler.

120 balles par mois, tous les mois, pour être traité par la plateforme comme ce que j’étais devenu : un bot de plus.

Zéro sur vingt-six

Quand j’ai repris le sujet sérieusement, en février, j’ai lancé une première version de mon propre système. Plus intelligente que le SaaS : elle allait piocher dans les abonnés de gros comptes de la niche, elle écrivait un message différent pour chacun.

Mais j’avais gardé le lien dans le message.

Le fichier existe encore, je l’ai rouvert pour écrire cet article. Voici, mot pour mot, un des messages partis ce jour-là :

« Hey Denise! Love your work helping ADHD moms navigate daily life. I built a productivity app that uses AI + gamification to help people with ADHD actually follow through on tasks. Would love your honest feedback if you’re open to trying it! https://bfrnd.link/beedone »

Franchement, il n’est pas mauvais. Il est personnalisé, il est poli, il ne demande même pas d’argent — juste un avis.

Une vingtaine de profils contactés le 16 février avec des messages comme celui-là. Colonne « responded » : no. Partout. Et une ligne, une seule, avec un statut différent : dm_blocked.

Zéro réponse. Un message bloqué par Instagram.

C’est là que j’ai compris que je m’étais trompé de problème. Je croyais que mon problème c’était d’envoyer plus. Mon problème, c’était tout le reste.

Le vrai problème, ce n’est pas le message

Tout le monde croit que la difficulté du cold DM, c’est d’écrire un bon message.

Non. Dès que tu veux du volume, la difficulté c’est de trouver les bonnes personnes.

Au début tu te dis : je vais scraper les gens sous un hashtag. Sauf qu’un hashtag, tu en as fait le tour en deux jours. Les chiffres de mon propre système le disent : une trentaine de leads via les hashtags, et près d’une centaine via une autre méthode.

L’autre méthode, la voilà : les abonnés des gros comptes de ma niche.

J’ai listé six comptes de coachs ADHD suivis par exactement le public de BeeDone. Mon agent mine leurs abonnés, un par un, et qualifie : est-ce une vraie personne, a-t-elle une bio, poste-t-elle encore, est-elle dans la bonne fourchette d’abonnés (entre 500 et 10 000, la zone où les gens lisent encore leurs DMs) ?

D’un coup, tu ne tires plus au hasard dans la foule. Tu parles à des gens déjà actifs sur le sujet exact.

Ne débarque pas chez les gens

Deuxième règle, et c’est la plus humaine de toutes : tu n’arrives jamais direct en DM.

Avant d’écrire quoi que ce soit, mon agent installe une présence normale :

  • il suit le compte ;
  • il ouvre le profil, lit la bio, clique sur le lien en bio ;
  • il scrolle un peu ;
  • il like quelques posts. Pas les trois derniers — quelques-uns pris au hasard dans le lot, comme quelqu’un qui regarde vraiment.

Ce détail-là a l’air ridicule. Il ne l’est pas. Un bot like les trois derniers posts. Un humain scrolle, s’arrête sur un truc, remonte, like un post d’il y a trois semaines.

Quand la personne reçoit le message dix minutes plus tard, elle a déjà vu ton nom passer dans ses notifications. Tu n’es plus un inconnu total. Tu es quelqu’un qui a regardé son travail.

Offre avant de vendre

Le message lui-même obéit à quatre règles dures, écrites dans le système :

Trois messages courts, jamais un pavé. Un pavé sur Instagram, ça se scanne et ça se skippe. Trois bulles, c’est un rythme de vraie conversation.

Zéro lien dans le premier message. C’est devenu ma règle numéro un, et elle vient directement de mes vingt-six échecs.

Jamais deux fois le même texte. Pas de template rempli : un message écrit à partir d’un signal réel vu sur le profil.

On offre. Pour BeeDone, l’agent n’a jamais demandé un téléchargement. Il offre l’accès Pro. Et il ne dit jamais « essai », jamais « pendant un mois », jamais « offre limitée ». Techniquement, l’accès dure un mois avant que le serveur le reprenne. Mais dans le message, c’est un cadeau, pas un essai. La nuance a l’air cosmétique. C’est elle qui fait la différence entre « on me vend un truc » et « on me fait un cadeau ».

Et on nettoie derrière

Dernier détail, le plus bête et le plus important : qu’est-ce qu’on fait des gens qui ne répondent jamais ?

Si tu suis mille personnes et que personne ne te suit en retour, ton compte ressemble à un sapin de Noël. Instagram le voit, et les prospects aussi.

Donc consigne claire à l’agent : un mois après le message, si la personne n’a jamais répondu, tu te désabonnes discrètement. Sans rancune. J’ai vérifié dans mes données : le délai réel médian est de 29 jours. Il fait le ménage tout seul, deux cent soixante-dix-huit fois.

Ce que ça a donné

Du 17 février au 30 mars, l’agent a envoyé 397 messages.

30 personnes ont répondu. Soit 7,6 %.

Comparaison des taux de réponse : cold email 3,1 %, cold DM Instagram 5 à 12 %, mon agent 7,6 %

Pour situer : un cold email moyen tourne autour de 3,1 % de réponses, et un DM Instagram à froid, sans interaction préalable, se situe entre 5 et 12 %. En B2B, 5 à 10 % est considéré comme solide, 10 à 15 % comme excellent.

Autrement dit : plus du double d’un cold email moyen, et dans le haut de la fourchette de mon canal. Sans agence, sans budget, sans y passer une minute par jour.

Et surtout, des vraies conversations. Des messages comme ceux-ci, que je relis encore :

« Hi! Sorry this was sent to my requests folder. I’d love to learn more about this! »

« Oh that sounds FUN! »

Trois de ces conversations sont allées jusqu’au bout : compte créé, Pro activé, utilisateur installé.

Trois clients pendant que je codais autre chose.

Aujourd’hui : un agent qui prospecte pour vendre des agents

Ce système, je l’ai repris en juillet. Mais je ne l’ai pas remis au service de BeeDone.

Parce qu’entre-temps, une évidence m’a sauté aux yeux : pourquoi utiliser un agent IA pour vendre une app à quelques euros par mois, alors que la vraie valeur, c’est l’agent lui-même ?

Il ne vend plus BeeDone. Il vend ce qu’il est.

Il mine des dirigeants francophones à Dubaï. Il les note sur dix (Dubaï vérifié, francophone vérifié, décideur identifiable, workflow répétitif visible). En dessous de 7/10, il n’écrit pas. Au-dessus, il rédige un message de 420 caractères maximum, à partir d’un signal réel, avec une hypothèse précise sur le process qui lui coûte du temps.

Et il envoie. Tout seul. Trente messages par jour maximum. Zéro lien. Dimanche off. Arrêt immédiat au moindre challenge de sécurité. Je ne découvre les conversations qu’une fois qu’elles ont commencé.

Voici le tout premier, parti hier à 6h02 :

« Salut, founderx m’a fait penser à un truc. Tu aides les founders à s’installer à Dubaï, mais la partie paperasse et collecte de documents, c’est encore manuel ou t’as déjà automatisé ? »

Cet agent a moins d’un mois. Je n’ai pas encore de résultat à te vendre, et je ne vais pas t’en inventer un.

Ce que je peux te montrer, c’est le calcul que je fais, moi, avec la fourchette basse du marché.

Trente messages par jour, six jours sur sept : environ 780 par mois. À 5 % de réponses — le plancher du cold DM, alors que mon propre canal tournait à 7,6 % — ça fait une quarantaine de conversations mensuelles. Avec un taux de rendez-vous de 2,3 %, le standard toutes techniques confondues, ça fait dix-sept ou dix-huit calls par mois.

Presque un rendez-vous par jour ouvré, pour zéro heure passée à prospecter. Il suffit qu’un seul se transforme en mission pour que la question soit réglée.

Et le coût réel, puisqu’il faut être honnête : quelques euros de tokens par jour et un coin de ma machine. Pas zéro. Ridicule à côté d’un commercial.

La recette, en quatre lignes

  1. Cible avant message. Les abonnés des gros comptes de ta niche, pas les hashtags.
  2. Chauffe avant d’écrire. Suivre, lire, scroller, liker quelques posts au hasard. Puis attendre dix minutes.
  3. Offre avant de vendre. Trois messages courts, zéro lien, un cadeau plutôt qu’une demande.
  4. Nettoie derrière toi. Un mois sans réponse, tu te désabonnes.

Ne cherche pas à vendre dans le premier message. Personne n’aime ça. En revanche, tout le monde aime qu’on s’intéresse sincèrement à ce qu’il fait.

Mon agent ne fait que ça : il s’intéresse aux entrepreneurs à ma place, tous les jours, avec une régularité qu’aucun humain n’aurait le courage de tenir. Y compris moi.

Il m’a coûté zéro salaire, 120 € par mois de leçons, et une vingtaine de messages restés sans réponse.

Celui-là démarche. Un autre passe sa vie sur Reddit et répond à des inconnus qui ne savent pas qu’ils parlent à une machine. Un troisième arrive.

Je raconte chacun d’eux ici, en entier, avec les chiffres et les plantages. Un agent, une histoire, ce qu’il sait vraiment faire.

#agent IA autonome #cold DM Instagram #prospection automatisée #agent commercial IA #outreach Instagram #automatisation acquisition #indie dev #BeeDone #Camofox #prospection Instagram